Victor Decriem (1888-1948)

  • État civil : 05.01.1888 à Aire-sur-la-Lys | 31.08.1948 à Isbergues
  • Profession : contremaître terrassier
  • Organisation : réseau Hunter-Nord
  • Pseudonyme : Devienne
  • Fonction : aide à l’évasion de soldats alliés
  • Distinctions : néant

Né le 5 janvier 1888 à Aire-sur-la-Lys, Victor Decriem habitait le hameau de la Roupie à Isbergues. Il exerçait la profession de contremaître terrassier à la carrière de la rue du Château  où se trouvait également son domicile.

Une résistance précoce

Dès juillet 1940, il entre dans la Résistance, aidé par son épouse et ses enfants. Il camoufle chez lui deux aviateurs anglais. L’un d’eux Thomas Nelson passera trois mois caché chez lui, tandis que le second Ernest Sykes est resté six mois. Victor héberge également des résistants jusqu’à son arrestation. La rue du château est une rue en cul de sac propice à l’action secrète. De nombreuses personnes de toutes convictions et opinions, passent au domicile de Victor Decriem. Sur place elles retirent ou apportent des messages, des courriers, des vêtements ou des vivres.

Un membre du réseau Hunter-Nord

Sa maison sert aussi de PC pour les réunions des chefs de réseau Hunter Nord. Le réseau Hunter, dirigé par le lieutenant-colonel Belleux, est une organisation militaire de résistance spécialisée dans le renseignement militaire et économique. Elle dépend du Bureau Central de Renseignement et d’Action (BCRA) à Londres en liaison avec les Services de renseignements britanniques, implantés en Pays d’Aire depuis 1944. Victor est agent P2, sous le pseudonyme Devienne (code 2662), depuis le début de février 1944.

Son chef est le lieutenant André Robin, d’Aire-sur-la-Lys, fusillé Place Balard à Paris, le 27 juillet 1944. Il était secondé par Roger Millon, disparu en 1945 lors de son retour de déportation, dans le naufrage du Cap Arcona. Après l’arrestation d’André Robin, Victor héberge Alexandre Castellin, pseudonyme de Florent Cuvelier, cafetier à Arques, devenu chef du réseau Scout-Nord.

Arrêté et sauvagement torturé

Après l’arrestation de Millon, la Gestapo vient arrêter Victor Decriem le 23 juin 1944. Ils frappent brutalement sa femme qui prépare le repas, lui arrachent ses lunettes et brutalisent une fillette de six ans qui séjournait là, pour découvrir la vérité.

C’est à ce moment que Victor Decriem rentre de son travail. Les Allemands le battent sauvagement de coups de crosse lui cassant deux côtes. Victor s’écroule près d’une armoire, et malgré la douleur, ne parle pas. La Gestapo fouille la maison mais néglige les endroits où sont cachées les papiers compromettants ; des courriers, des plans, des cartes d’État-major… Le tout étant dissimulés dans l’horloge murale et dans le chambranle de la porte d’entrée. Des armes, des munitions sont dans une remise au fond du jardin. Les Allemands ne trouveront rien et repartent furieux emmenant Victor Decriem, qu’ils transféreront à la prison de Loos-lez-Lille.

Là-bas Victor subit les pires sévices : il aura la mâchoire gravement abîmée, mais il ne parlera pas et ne révèlera pas l’identité d’Alexandre, son chef de réseau. L’arrivée des Alliés et la libération lui éviteront de justesse la déportation – comme bon nombre de ses camarades – en Allemagne par « le dernier train de Loos ».

Victor est libéré le 1er septembre 1944, puis pris en charge par la Croix Rouge, il rentrera chez lui le 5 septembre 1944, très affaibli et cruellement marqué dans sa chair. Il ne se remettra jamais de ses blessures, notamment de celle qui affecte sa mâchoire inférieure qui le laisse défiguré et ne lui permet bientôt plus de s’alimenter normalement. Victor décédera le 31 août 1948, quatre ans après sa libération.


Sources et bibliographie
  • Archives de la famille Decriem (documents communiqués par M. Bruno Decriem)
  • Dossier BAVCC Caen 21 P 251694
  • Souvenez-vous … des victimes des cantons d’Auchel et de Norrent-Fontes 1939-1945, ADCA, 2012 
  • Frank Robin, La résistance dans la région d’Aire-sur-la-lys : le réseau Hunter-Nord, Nouvelles chroniques locales, n° 8, 1991
  • René Lesage, 100 figures de la Résistance dans le Pas-de-Calais, Éditions les Échos du Pas-de-Calais, novembre 2013

Auteur(s) : Pascal Guillemant