Louis Léniart (1897-19..)

  • État civil : 17.09.1897 Bruay | 20.10.1964 Lille
  • Profession : mineur
  • Organisation : OSC
  • Pseudonyme : néant
  • Fonctions : sabotages
  • Distinctions : néant (3 médailles de la Grande Guerre)

Louis Liénart est né le 17 septembre 1897 à Bruay. Après la guerre qu’il a passée dans l’artillerie, il se marie avec Louise Descamps le 3 avril 1920 à Bruay. Avec leurs quatre enfants, ils vivent rue Fonck à Bruay-en-Artois dans une petite maison des mines car Louis est mineur pour la Compagnie des Mines de Bruay. Louise est femme de ménage tout comme Madeleine, Etiennette travaille dans une boulangerie, Claude est écolier, et Albert ne vit plus avec eux depuis son mariage. Le 9 juin 1933, Louis est affecté aux Mines de Bruay. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il y est maintenu et ne part donc pas au combat. Après l’Armistice, Louis est démobilisé le 25 juin 1940.

Membre de l’OSC à partir de 1942

Le 1er janvier 1942, il rejoint les rangs de la résistance française dans l’OSC, une organisation armée créée en juin 1940 par la direction clandestine du Parti Communiste. Ayant un esprit à la fois offensif et défensif, l’OSC se protège dans un premier temps et attaque l’occupant dans un second temps par le moyen de nombreux attentats et sabotages (notamment ferroviaires). Louis ne parle de la Résistance qu’à Louise et seulement lorsque leurs enfants sont couchés.

L’arrestation de Louis le 14 mars 1942

Le samedi 14 mars 1942 (lendemain de l’anniversaire de Louise) vers 11h, la Gestapo arrive au domicile des Liénart suite à une dénonciation. Heureusement, les enfants ne sont pas là pour voir ça. Madeleine est en ville, Etiennette travaille et Claude est à l’école (Marmottan). Les nazis frappent et arrêtent Louis Liénart qui ne se laisse pas faire. Puis ils retournent la maison dans le but de trouver des preuves de son implication dans la Résistance, preuves qu’ils ne trouveront jamais. Ils hurlent en allemand et vont jusqu’à mettre Louise à genoux et en joue dans le salon. A midi, à son retour à la maison, Etiennette s’effondre lorsque sa mère lui apprend la nouvelle. Elle comprend que son père a de fortes chances d’être fusillé, d’autant plus qu’elle sait de quoi les nazis sont capables. Il y a quelque temps, ils avaient fusillé une dizaine d’hommes sous ses yeux, sur la place située entre la mairie et la boulangerie qui l’embauche. Cet événement l’avait traumatisé, c’était la première fois qu’elle voyait des cadavres, qui plus est criblés de balles, et elle n’avait plus mangé pendant huit jours. Parmi les fusillés, un seul homme avait survécu en faisant le mort. Toujours en pleurs, Etiennette panique lorsqu’elle se souvient d’un événement ayant eu lieu quelques jours plus tôt. Passionnée de dessin, elle avait dessiné une croix de Lorraine qu’elle avait ensuite accrochée sur l’un des murs de sa chambre. Lorsqu’elle avait vu le dessin, sa mère lui avait demandé de le retirer immédiatement au cas ou les Allemands viendraient à entrer dans la maison. Etiennette l’avait donc décroché et caché dans l’une des manches d’une veste de son père. La maison étant sens dessus dessous après le passage des Allemands, Etiennette met du temps avant de retrouver la veste de son père et découvre que le dessin y est toujours. Par chance, les nazis ne l’ont pas découvert.

Interrogatoires et travaux forcés

Louis Liénart est intérrogé pendant des heures. Il ne balance pas un seul nom, n’avoue rien et nie les faits qui lui sont reprochés. Il est tout de même emprisonné, d’abord à la prison de Béthune, puis à celle d’Arras et enfin à celle de Loos. Dans sa petite cellule, il n’a pas le droit de faire grand chose. Il n’a pas le droit de parler, ni d’écrire des lettres à sa famille et encore moins de recevoir de la visite. Durant sa détention, après avoir réussi à se procurer un petit cahier et quelques crayons, il se met à dessiner pour passer le temps. Parfois, il est emmené sur des chantiers avec d’autres prisonniers où on les force à casser des roches ou des routes à l’aide d’une pioche. Certains jours, sa femme Louise prend le bus avec Etiennette ou Madeleine jusqu’à Lille ou elles sont hébergées chez des amis. Elle se rendent ensuite jusqu’à ces chantiers où elles se cachent pour aperçevoir Louis sans être vues par les nazis.

Libéré faute de preuves après 16 mois de détention

Les Allemands n’ayant pas réussi à prouver son implication dans la résistance, Louis Liénart est libéré le vendredi 23 juillet 1943, après seize longs mois de détention. Sa femme avait engagé un des meilleurs avocats de la région pour la défense de son mari. Après sa libération, Louis décide de quitter la Résistance par crainte d’y passer lors d’une prochaine mission ou arrestation. Nul n’a jamais su qui l’avait dénoncé, bien que la rumeur invoquât un photographe bruaysien.


Sources & bibliographie
  • Notice de Maxence Delmotte, le mardi 25 février 2020, transmise par Thomas Duhem
  • Entretiens avec Etiennette Delmotte, fille de Louis Liénart, de novembre 2019 à mars 2020