Abel Guidet (1890-1944)

  • État civil : 06.11.1890 à Bapaume | 27.11.1944 au camp de Gross-Rosen (Pologne)
  • Profession : maire et conseiller général
  • Organisations : réseaux Comète et Bourgogne, mouvements OCM et Sylvestre Farmer – WO
  • Pseudonyme : néant
  • Fonctions : aide à l’évasion d’aviateurs alliés, fabrication de faux
  • Distinctions : néant

Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, Abel Guidet, blessé trois fois, est décoré de la Croix de Guerre et de la Médaille militaire. En 1929, ce négociant devient maire de Bapaume, puis conseiller général en 1934. En 1936, il devient député radical-socialiste. Le 10 juillet 1940 à Vichy, il vote l’octroi des pouvoirs constituants au maréchal Pétain.

Le maire de Bapaume dans la résistance

Dès l’invasion, Abel Guidet use de sa qualité de maire de Bapaume pour établir de fausses cartes d’identité à destination des prisonniers évadés. Dans la même voie, et sous sa responsabilité, des jeunes pourront de même, en 1943, échapper au STO.

Dès 1942, Abel Guidet semble être entré dans une phase de résistance plus active. On peut penser que sa position d’ancien député l’a mis en contact avec Fernand Lobbedez, ancien maire d’Arras, qui en juillet 1942 a initié le mouvement OCM dans le département. Vers le 10 juillet 1943, Abel Guidet récupère Robert Stockburn, un pilote de la RAF qui, un soir, a demandé asile à Edmond Delattre, un cafetier du crû. On transfère le pilote chez Mme Péru, sa belle-sœur, qui l’héberge plusieurs semaines.

Vers la même époque, et un peu par hasard, Bapaume devient un refuge pour les aviateurs avant leur départ vers Paris, du fait de Mme Balési, de Caudry, qui a trouvé cette solution après l’arrestation de Fernand Lobbedez, le 20 juillet 1943. Elle convoie les trois aviateurs jusqu’à Bapaume, où ils trouvent accueil chez Mme Piletta, sa belle-sœur. Dans le courant du mois d’août, Mme Balesi peut diriger ses trois protégés et Robert Stockburn vers Paris. La mairie de Bapaume a fourni, à l’occasion, les fausses cartes d’identité, comme elle le fera constamment par la suite.

Abel Guidet et le groupe d’évasion œuvrent ainsi pour les réseaux Comète et Bourgogne. Par le biais de cette méthode, le groupe d’évasion et Mme Balési ne rapatrieront pas moins d’une vingtaine d’aviateurs et soldats alliés. Albert Guidet assure la première étape en les conduisant vers les gares d’Achiet ou de Bapaume.

Le réseau d’évasion en crise

Cette activité d’évasion est menée de concert avec le réseau britannique WO, commandé par le célèbre capitaine Michel. À son actif, on compte des parachutages d’armes auquel d’ailleurs participe Abel Guidet. Cependant, en novembre 1943, le groupe de Bapaume est en crise, du fait de la conduite de Jean Woussen, un jeune de 18 ans intégré au réseau. Ce dernier, qui a tué un soldat allemand, est devenu dangereux pour ses compagnons d’armes. Le capitaine Michel envisage de le supprimer, mais Abel Guidet propose une solution plus douce, en l’évacuant vers l’Espagne, en même temps que deux aviateurs américains. Mal lui en prend, car la police arrête Woussen en gare de Toulouse et celui-ci dénonce  toute l’organisation de Bapaume.

Abel est arrêté puis déporté

Abel Guidet peut encore faire partir quatre autres aviateurs tandis que les dames Balési et Piletta, recherchées, échappent à l’arrestation. Le 18 novembre, Abel emmène encore vers Paris Albéric Volkaert, un agent du réseau. Le 26, il apprend par Frédéric Kaufman, un sujet suisse employé à la Kommandantur d’Arras, qu’on le recherche. Toutefois Abel revient à Bapaume où la police l’arrête dans la matinée du 27. C’est le jour de la grande rafle qui décime le réseau WO dans le Nord de la France, au cours de laquelle le capitaine Michel trouve la mort. Abel est emmené à Cuincy, revient à la prison d’Arras, début mars, puis est transféré en avril à la prison Saint-Gilles de Bruxelles. Il est ensuite déporté en Allemagne, vers les camps de Gross-Streltitz, puis de Gross-Rossen, où il décède d’une pneumonie.


Sources et bibliographie
  • Dossier CVR n° 9027, Archives du Pas-de-Calais, 2655 W 88
  • Auguste Devaux, Bapaume pendant la deuxième guerre mondiale, 1988
  • René Lesage, 100 figures de la Résistance dans le Pas-de-Calais, Éditions les Échos du Pas-de-Calais, novembre 2013.

Auteur(s) : René Lesage